João Miguel Tavares: Le risque d’une génération désenchantée dans un pays ou nous ne sommes pas obligés d’être les meilleurs , tout en étant capables de réaliser des choses extraordinaires.

Posté dans : Uncategorized | 0

L’article relate le discours inaugural du journaliste João Miguel Tavares avant l’intervention du Président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa lors de la célébration du « Dia de Portugal, de Camões e das Comunidades », à Portalegre le 10 juin 2019.
Ce texte aborde les défis auxquels est confronté le Portugal d’aujourd’hui: la corruption, la perte de repaire et de valeurs, la fin de l’ascenseur social.
Il aborde aussi l’impact négatif de cette désillusion, de ce sentiment d’abandon ressenti par les jeunes ainsi que par l’ensemble de la population.

Espérons que cet appel sera entendu, qu’il sera mis fin à ce fatalisme et que le Portugal puisse rester encore à l’abri des tentations de repli, d’exclusion et de populisme qui se développent partout en Europe.
Je fais partie de la première génération( celle d’après guerre) à ne pas avoir connu de conflit majeur en Europe, si l’on excepte les balkans. Mes parents, grands parents ainsi que tous mes aïeux ont tous connu la misère, les privations, les guerres issues des soubresauts belliqueux d’une Europe en perpétuel conflit.
Aujourd’hui dans une Europe en paix , notre société se délite sous les assauts de l’individualisme exacerbé, de l’arrogance des nantis, de l’intolérance partisane et religieuse, le tout alimenté par le mépris et la morgue qu’affichent sans retenue nos élites.
Ce n’est pas sans réveiller certaines craintes…
Ce texte va bien au-delà des préoccupations légitimes du seul Portugal, il nous questionne nous tous européen sur l’avenir et sur ce que l’on saura laisser à nos enfants…

Voici la traduction de cet article paru le 10 juin 2019 sur le site portugais d’actualité de 24.SAPO.PT

João Miguel Tavares: Le risque d’une génération désenchantée dans un pays ou nous ne sommes pas obligés d’être les meilleurs, tout en étant capables de faire des choses extraordinaires.

Le président des commémorations du « Jour du Portugal » en 2019, le journaliste João Miguel Tavares, a averti aujourd’hui que le manque d’espérance et l’inégalité des chances pouvaient créer une génération d’adultes désabusés.

João Miguel Tavares a transmis ce message lors de son discours de la célébration du « Dia de Portugal, de Camões e das Comunidades », em Portalegre. dans l’intervention précédent le discours du President de la Republique, Marcelo Rebelo de Sousa.
Il aborde les progrès réalisés par la démocratie portugaise tout en relevant les dangers provoqués par la corruption, qui mine l’idéal de la « méritocratie » et installe le sentiment que « le jeu est biaisé ».
« L’intégration dans l’Europe de l’euro ne s’est pas passé comme nous le souhaitions, nous avons construits des autoroutes sur lesquels ne roulent pas de voitures, nous avons tracé des plans grandioses que nous n’avons jamais exécutés, nous nous sommes enfoncés dans les dettes jusqu’au bord de la banqueroute. Trois fois, trois fois déjà, nous avons du demander de l’aide à l’extérieur en 45 ans de démocratie. C’est trop » déclare-t-il.
João Miguel Tavares fait référence au système financier « dans un pays amnésique, rempli de gens qui ne savent rien, n’ont rien vu et n’ont rien entendu »
« Nous comprenons que la corruption est un réel problème, grave, répandu, que la justice est lente a réagir et que la classe politique n’a pas cherché suffisamment à la combattre. La corruption n’est pas seulement un vol de l’argent public, c’est éloigner chaque jeune, de Portalegre, de Viseu, de Bragança, de son idéal ».
Avant ces critiques sur l’état actuel du pays, le journaliste a indiqué qu’il était originaire de Portalegre, une ville de l’intérieur du pays qui dans les années 80 se trouvait à 4 heures de voiture de Lisbonne en soulignant ainsi que sa génération, ainsi que celle de ses parents, avaient beaucoup profité de la démocratie au Portugal.
Actuellement, cependant, selon João Miguel Tavares, la perspective du pays est différente et le « rêve de lendemains meilleurs s’évanouit, parce que chaque famille, chaque parent, chaque adolescent est convaincu que le jeu est faussé, que ce n’est ni par le talent, ni par le travail que l’on réussit dans la vie, que le mérite ne suffit pas, qu’il est nécessaire de connaître les bonnes personnes, qu’il est nécessaire d’avoir des relations et de naître dans une bonne famille ».
« Dans notre pays s’installe cette conviction dangereuse: La meilleure solution pour un jeune qui a du talent et qui veut baser sa carrière uniquement sur le mérite est d’émigrer. C’est la tragédie du Portugal » déclare le journaliste qui va encore plus loin dans ses avertissements.
« Le manque d’espérance, l’inégalité des chances peuvent donner naissance à une génération d’adultes désabusés, incapables de croire à la reconnaissance sociale liée au mérite. Cette perte d’espoir apparaît au début sous les traits d’une apparente lucidité qui se transforme ensuite en cynisme. Nous pensons alors que nous devons nous montrer pessimistes pour rester lucides, que nous devons être désespérés pour rester réalistes, que nous devons nous montrer éternellement méfiant pour ne pas être pris pour des idiots », ajouta-t-il.
João Miguel Tavares critique encore l’écart croissant entre les discours des « autorités » incluant les politiques, et l’ensemble des citoyens, relevant « qu’entre ces 2 univers se creuse un fossé avec de très rares passerelles ».
De l’avis de João Miguel Tavares, il incombe aux politiques, de proposer un projet intelligent et juste.
« Les portugais ne sont peut être pas les meilleurs du monde, mais ils sont, avec évidence, capables de réaliser des choses extraordinaires dès qu’ils sentent que c’est pour une bonne cause. La politique ne faillit pas uniquement quand elle conduit le pays à la ruine. La politique échoue quand elle laisse le pays sans direction et qu’elle permet la rupture de la relation entre l’individu et le citoyen » insiste le président des commémorations de cette édition do Dia do Portugal.
C’est un message adressé aux politiques dans lequel, João Miguel Tavares fait valoir que ce qui caractérise le plus les individus n’est pas d’être de droite ou de gauche, mais la force de leur caractère et de leurs principes
« Ce que l’on demande aux politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, est de nous donner une raison de croire, d’alimenter un sentiment d’appartenance, de proposer un objectif clair à la communauté qu’ils dirigent », déclare-t-il.
A la fin de son intervention, le journaliste cite une des idées les plus souvent répétées par le chef de l’Etat: « Monsieur le Président de la République a l’habitude de répéter que les portugais, quand ils veulent, sont les meilleurs du monde ».
« Que Monsieur le Président de la République pardonne mon audace, il n’y a aucune raison pour que les portugais soient meilleur que les finlandais, les népalais ou les kényans mais la bonne nouvelle est que nous n’avons pas besoin non plus d’être les meilleurs. Pour ceux qui croient encore à l’idée de communauté, les portugais sont ceux qui sont de notre côté. Et cela compte, cela compte beaucoup » ajouta-t-il.

Voici le lien pour lire en portugais l’article original:https://24.sapo.pt/atualidade/artigos/10-de-junho-joao-miguel-tavares-o-risco-de-uma-geracao-desencantada-num-pais-onde-nao-temos-de-ser-os-melhores-embora-sejamos-capazes-de-coisas-extraordinarias?fbclid=IwAR0p4T5M1ujDBjv3Y-CHiejLOz-KlRgOWejlD9UcP4xBGTV1i_qqh_W4f1o

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.